Nouveaux pouvoirs de l'ARC pour les vérifications de l'impôt des sociétés : Ce que les entreprises doivent savoir
En résumé : Si vous dirigez une société ayant des activités internationales, l'Agence du revenu du Canada (ARC) vient d'acquérir beaucoup plus de pouvoir pour contester la façon dont vous transférez de l'argent entre vos propres succursales. Cela pourrait entraîner des factures d'impôt plus élevées et des vérifications plus strictes à partir de la fin de l'année 2025.
Ce que cela signifie pour vous
Le gouvernement fédéral a modifié les règles pour donner à l'ARC une autorité plus large pour scrutiner les « prix de transfert ». Il s'agit de la méthode utilisée pour fixer les prix des transactions entre les différentes parties d'une société multinationale (par exemple, une filiale canadienne vendant des pièces à sa société mère aux États-Unis).
Auparavant, l'ARC devait respecter la forme juridique de ces transactions. Désormais, elle peut regarder au-delà des documents juridiques et imposer la transaction en fonction de ce qu'elle estime être la réalité économique. Cela rend beaucoup plus facile pour l'ARC de décider que votre structure d'entreprise est un stratagème d'évitement fiscal et de vous imposer en conséquence.
Le contexte : L'affaire Cameco
Ces changements sont une réaction directe à une affaire judiciaire majeure impliquant Cameco, une entreprise canadienne d'uranium.
L'ARC avait soutenu que Cameco vendait son uranium à sa propre filiale étrangère à des prix artificiellement bas pour transférer des bénéfices dans un territoire à faible imposition. Les tribunaux ont finalement tranché en faveur de Cameco, statuant que l'ARC ne pouvait pas ignorer les contrats juridiques signés par l'entreprise.
Le gouvernement n'a pas apprécié cette défaite. Pour y remédier, il a adopté le projet de loi C-15 le 26 février 2026. Cette nouvelle loi supprime les restrictions juridiques qui empêchaient l'ARC de « requalifier » (redécrire) les transactions comme elle avait tenté de le faire dans l'affaire Cameco.
Dates clés et seuils
- Date d'entrée en vigueur : Ces nouvelles règles s'appliquent aux années d'imposition commençant après le 4 novembre 2025.
- Loi adoptée : Les modifications ont reçu la sanction royale dans le cadre de la mise en œuvre du budget fédéral de 2025.
- Action immédiate : Bien que les règles s'appliquent aux années commençant après novembre 2025, les entreprises doivent revoir immédiatement leurs politiques actuelles en matière de prix de transfert, car les ajustements lors d'une vérification remontent souvent aux données historiques.
Qui est concerné
Il ne s'agit pas d'un changement pour les employés individuels ou les petites entreprises locales. Cela vise spécifiquement :
- Sociétés multinationales (SM) : Toute grande entreprise ayant son siège social ou des filiales dans différents pays.
- Filiales canadiennes de sociétés mères étrangères : Succursales canadiennes qui achètent des biens ou des services à leur société mère à l'étranger.
- Prêteurs transfrontaliers : Entreprises qui prêtent de l'argent entre des entités liées dans différentes juridictions fiscales.
Ce que vous devriez faire
Si votre entreprise effectue des transactions transfrontalières, vous devez vous préparer à un niveau de contrôle plus élevé.
1. Renforcez votre documentation L'ARC adore la paperasse. Vous devez conserver des dossiers détaillés prouvant que vos prix sont « de pleine concurrence » (arm's length). Cela signifie que le prix que vous avez facturé à votre filiale doit être le même que celui que vous factureriez à un inconnu sur le marché libre. Rassemblez :
- Les contrats et accords.
- Les analyses économiques montrant comment vous avez fixé le prix.
- Les données comparatives (prix payés par des entreprises non liées).
2. Revoyez vos transactions interentreprises Examinez de près la manière dont l'argent circule entre vos succursales canadiennes et internationales. Si une transaction semble avoir été conçue uniquement pour réduire les impôts (plutôt que pour une raison commerciale valide), vous courez un risque élevé.
3. Consultez un professionnel de la fiscalité La fixation des prix de transfert est incroyablement complexe. Les pénalités en cas d'erreur sont sévères. Vous devriez parler à un comptable fiscaliste ou à un avocat spécialisé en droit fiscal international pour vous assurer que votre structure spécifique peut résister à un contestation de l'ARC.
Résumé
Le gouvernement a effectivement annulé la décision Cameco en modifiant la loi. L'ARC peut désormais ignorer la forme juridique d'une transaction si elle estime que le résultat économique est de l'évitement fiscal. Si vous exploitez une entreprise multinationale, la charge de la preuve vous incombe pour démontrer que vos prix sont justes. Une documentation solide est votre meilleure défense.