Les emplois dans le tourisme progressent plus lentement que l'économie globale : rapport de StatCan
Ce que cela signifie pour vous : Si vous travaillez dans les hôtels, les restaurants ou les services de voyage, vous remarquerez peut-être moins d'offres d'emploi et une croissance plus lente des salaires au cours des prochains mois par rapport à d'autres secteurs. Alors que l'économie canadienne dans son ensemble crée des emplois à un rythme soutenu, le secteur du tourisme se refroidit, ce qui suggère que l'essor des voyages post-pandémie se stabilise et que les entreprises deviennent plus prudentes en matière d'embauche.
L'état actuel de l'emploi dans le tourisme
Selon les dernières données de Statistique Canada couvrant le quatrième trimestre de 2025, le récit d'une forte reprise post-pandémie dans le secteur du tourisme est en train de changer. Bien que l'industrie continue à récupérer le terrain perdu au plus fort des restrictions de la COVID-19, le taux de création d'emplois a considérablement ralenti.
Au T4 2025, le secteur du tourisme a enregistré une hausse modeste de l'emploi d'environ 0,3 %. Bien que techniquement positive, cette augmentation pâlit en comparaison avec l'économie canadienne globale, qui a affiché un gain robuste de 0,5 % au cours de la même période. Cette divergence met en évidence un écart croissant : alors que les industries générales comme la technologie, les services professionnels et la construction se développent, le secteur du tourisme est actuellement confronté à des vents contraires qui freinent l'enthousiasme à l'embauche.
Ce ralentissement suggère que la phase de « rattrapage » — durant laquelle les entreprises embauchaient agressivement pour rétablir les niveaux de personnel aux normes d'avant la pandémie — est largement terminée. Nous entrons maintenant dans une phase de stabilisation où la croissance dépend des augmentations réelles de la demande plutôt que du simple comblement des postes vacants.
Pourquoi ce ralentissement ? Les facteurs clés en jeu
Le ralentissement des embauches dans le tourisme ne se produit pas dans le vide. Plusieurs facteurs économiques spécifiques au T4 2025 contribuent à cette tendance.
1. Le déclin du « voyage de vengeance » : La demande latente qui a alimenté les voyages tout au long de 2023 et 2024 a été largement épuisée. Les Canadiens qui avaient reporté leurs voyages pendant la pandémie ont maintenant effectué leurs grands voyages. Au T4 2025, les données suggèrent un retour à des modèles de voyage normalisés, ce qui signifie que la vague de réservations qui nécessitait un recrutement rapide n'est plus présente.
2. Pressions persistantes du coût de la vie : L'inflation, bien qu'elle se stabilise par rapport aux sommets de 2023, reste une préoccupation pour le ménage canadien moyen. Le coût des produits essentiels comme le logement et l'épicerie a réduit le revenu disponible pour les voyages de loisirs. Par conséquent, les entreprises touristiques constatent une fréquentation plus faible et hésitent à élargir leurs effectifs alors que la demande est incertaine.
3. Saturation du marché du travail : De nombreux sous-secteurs du tourisme, en particulier les services de restauration, ont atteint des taux de récupération complète de l'emploi à la fin de 2024. Avec moins de postes vacants à pourvoir, le taux de croissance de l'emploi ralentit naturellement. Ce n'est pas nécessairement le signe d'une industrie en échec, mais plutôt le signe que la crise du personnel s'est transformée en un défi de rétention.
Découpage par secteur : Les gagnants et les perdants
L'économie touristique n'est pas un bloc monolithique ; la croissance de l'emploi varie considérablement en fonction de l'industrie spécifique. Le rapport du T4 2025 présente une image de performance inégale à travers les cinq grands groupes d'industries touristiques.
Services de restauration : Ce sous-secteur reste le plus grand employeur au sein de l'économie touristique. Cependant, il a affiché le ralentissement le plus significatif au T4. Avec la hausse des coûts alimentaires qui comprime les marges des restaurants, les propriétaires resserrent leurs opérations, s'appuyant davantage sur du personnel à temps partiel pour éviter les coûts associés aux avantages sociaux à temps plein et aux charges sociales.
Services d'hébergement : Les hôtels et autres établissements d'hébergement ont connu une légère contraction des effectifs à la fin de l'automne 2025. La « saison intermédiaire » (la période entre les vacances d'été et d'hiver) a été plus douce que prévu. Les taux d'intérêt élevés ont également impacté les budgets de voyages d'affaires, entraînant des taux d'occupation plus faibles dans les centres urbains comme Toronto et Vancouver, ce qui a réduit les besoins en personnel de réception et de ménage.
Loisirs et divertissement : Ce fut un point lumineux relatif. Avec le dollar canadien restant relativement bas par rapport au dollar américain à la fin de 2025, le Canada est resté une destination attrayante pour les visiteurs américains. Les stations de ski en Colombie-Britannique et en Alberta ont commencé leur embauche hivernale tôt, mais même ici, la croissance a été plus lente qu'au cours de la même période en 2024.
Services de voyages : Les agences de voyages et les tour-opérateurs continuent de lutter avec le passage aux réservations en ligne. L'emploi dans ce créneau est resté stable, car l'automatisation et les plateformes de réservation directe aux consommateurs réduisent le besoin d'intermédiaires humains.
Disparités régionales : Où sont les emplois
L'impact de ce ralentissement ne se fait pas sentir de manière égale à travers le pays. Les données du T4 révèlent des divisions régionales distinctes dans la santé de l'emploi touristique.
Colombie-Britannique et Alberta : L'Ouest continue de surpasser la moyenne nationale. Les préparatifs pour la prochaine saison de ski et un calendrier de congrès solide à Vancouver ont aidé à soutenir l'emploi touristique. Cependant, même ici, la croissance était modeste, la Colombie-Britannique signalant une augmentation de 0,4 % — toujours inférieure à la moyenne provinciale pour les emplois non touristiques.
Ontario et Québec : Les deux plus grandes provinces du Canada ont connu le ralentissement le plus marqué. À Toronto et Montréal, le coût élevé de la vie a dissuadé les travailleurs d'accepter des emplois touristiques moins rémunérés. La reprise du « tourisme urbain » a calé, les grandes villes voyant une baisse des arrivées internationales par rapport aux niveaux d'avant 2019, ce qui a entraîné un gel des embauches dans les hôtels en centre-ville.
Canada atlantique : Les provinces de l'Atlantique, qui ont connu un essor massif à l'été 2025, ont subi un déclin saisonnier plus marqué que d'habitude au T4. La région dépend fortement de la main-d'œuvre saisonnière, et la transition vers les opérations hivernales a entraîné une baisse temporaire mais significative des chiffres de l'emploi touristique, les attractions estivales fermant leurs portes pour la saison.
Contexte économique : Taux d'intérêt et dépenses
Pour comprendre les chiffres de l'emploi touristique, il faut examiner le contexte économique plus large de la fin de 2025. La Banque du Canada a maintenu une politique de taux d'intérêt restrictifs pour combattre l'inflation, ce qui a une corrélation directe avec l'emploi dans le tourisme.
Des taux d'intérêt élevés se traduisent par des coûts de service de la dette plus élevés pour les ménages canadiens. Lorsque les paiements hypothécaires augmentent, le « budget voyage » est souvent la première chose à être coupée. Cette réduction des dépenses de voyage domestique force les opérateurs touristiques à serrer la ceinture.
De plus, le dollar canadien a été volatile. Bien qu'un dollar plus faible aide généralement à attirer les touristes américains (rendant le Canada moins cher pour eux), il rend également les voyages à l'étranger plus coûteux pour les Canadiens. Historiquement, cet effet de « vacances au pays » aide le tourisme domestique. Cependant, au T4 2025, la pression financière du remboursement de la dette était si sévère que même l'incitation d'un voyage domestique moins cher n'a pas suffi à stimuler une embauche ou une croissance des revenus significative.
Points clés à retenir pour les travailleurs canadiens
- Attendez-vous à un marché concurrentiel : Si vous cherchez du travail dans l'hôtellerie ou le tourisme, préparez-vous à un marché plus concurrentiel. L'abondance de panneaux « personnel recherché » vus en 2023 et 2024 est en train de disparaître.
- La croissance des salaires pourrait stagner : Avec le ralentissement des embauches, la pression sur les employeurs pour offrir des salaires majorés afin d'attirer du personnel diminue. La croissance des salaires dans le secteur devrait s'aligner davantage sur les augmentations générales du salaire minimum plutôt que sur les guerres d'enchères agressives des deux dernières années.
- La saisonnalité est clé : Les données du T4 soulignent la saisonnalité extrême de l'industrie. Les travailleurs du secteur du tourisme doivent être mieux préparés financièrement pour les baisses de la basse saison, car le tampon de la demande latente n'est plus là pour lisser les creux.
- Le perfectionnement des compétences aide : Alors que le marché se resserre, les candidats possédant des compétences spécialisées — telles que des certifications de sommelier, une expertise culinaire ou le marketing numérique pour le tourisme — resteront demandés, même si les postes d'entrée de gamme généraux deviennent plus rares.